La charge contraceptive : entre choix et responsabilité imposée

La charge contraceptive : pourquoi s’y intéresser ?

Quand on a un corps fertile et qu’on ne veut pas devenir parent, on doit se tourner vers la contraception pour prévenir les grossesses.

La commercialisation des méthodes de contraception, qui a pris une expansion impressionnante à partir des années 1960, est une bénédiction quand on pense qu’elles ont permis une sexualité libre de reproduction.

Cependant, on remarque que les responsabilités à prendre pour éviter ces grossesses tombent majoritairement sur les épaules des personnes qui peuvent devenir enceintes.

On pourrait croire que cette situation n’est pas bien grave, mais on entend de plus en plus ces personnes exprimer combien cette charge de responsabilités est lourde.

Elles dénoncent qu’autant de tâches qui leur tombent dessus. Des tâches comme :

  • Prendre en charge leur propre éducation contraceptive
  • Éduquer leurs partenaires en matière de contraception
  • Connaître les méthodes contraceptives accessibles
  • Comprendre leur fonctionnement, leurs avantages et leurs limites
  • Choisir un contraceptif
  • Se le procurer (rendez-vous médicaux, prescription, renouvellement, pose ou retrait, etc.)
  • Le payer
  • L’avoir avec soi
  • Penser à l’utiliser
  • Poser les actions qui le rendent efficace
  • Endurer leurs effets corporels indésirables
  • Etc.

Une telle charge est parfois si lourde à porter que certaines personnes choisissent de tout arrêter ou de boycotter leurs relations intimes et sexuelles en signe de protestation.

Les études féministes ont déjà parlé du « travail reproductif », qui désigne toutes les tâches et responsabilités du quotidien qui sont nécessaires pour prendre soin et éduquer des enfants, et leur fournir un environnement de vie propre, sain, nourrissant et épanouissant. On parle par exemple de cuisiner, ranger, nettoyer, laver, emmener en visite médicale, prendre les rendez-vous, assister les devoirs à la maison, inculquer des valeurs prosociales, soutenir l’autonomie, brosser les dents, accueillir les ami⋅es, planifier les fêtes et anniversaires, médier les conflits, et tellement d’autres charges encore. Ce travail est lui aussi dénoncé pour être attribué de manière disproportionnée aux personnes assignées femmes à la naissance.

La charge contraceptive s’inscrit dans le travail reproductif, mais elle est dans l’angle mort des travaux de recherche. On ne comprend pas encore très bien ce qui se produit pour qu’aient lieu des prises de conscience, des remises en question, des insatisfactions et des dénonciations de la charge contraceptive.

Or, on pense que ces points tournants dans les trajectoires de vie contraceptive ont le potentiel de devenir des moments-clés pour soutenir, sensibiliser et intervenir afin de favoriser une plus grande justice sociale, notamment entre les sexes et les genres. 

Objectifs du projet

Ce projet de recherche fait intervenir des personnes de 18 à 35 ans qui sont insatisfaites de la charge contraceptive dans leurs relations intimes.

L’objectif est globalement d’explorer les perceptions, expériences et pratiques de ces personnes en matière de contraception au fil de leur vie.

Ultimement, l’étude devrait permettre de mieux comprendre comment ont évolué :

  • Leurs perceptions de la contraception ;
  • Leurs manières de répartir les responsabilités contraceptives dans leurs relations ;
  • Les répercussions de cette répartition (dans leur vie) ;
  • Leurs réflexions, (in)satisfactions et prises de conscience en matière de contraception.

Où en est-on dans le projet?

Nous avons terminé la collecte de données et sommes en période d’analyses.

Vous avez des questions sur le projet ? Contactez-nous :

Qui est derrière le projet?

Le projet est sous la responsabilité de Sylvie Lévesque et réunit Elsa Galerand, Département de sociologie, UQAM et Maude Pugliese, Institut national de la recherche scientifique-Centre Urbanisation Culture et société. Alexandra Toupin, étudiante à la maîtrise recherche-intervention en sexologie, UQAM, en assure la coordination.

Ce projet est soutenu financièrement par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), dans le cadre du programme Développement-savoir (2021-2023).